La Monastella de Frédéric

Frédéric, peux-tu nous situer ton véhicule dans l'histoire de la marque Renault ?
C'est une Renault Monastella de type RY3 en carrosserie roadster. Sa date de première immatriculation remonte au 26 octobre 1931. Elle fait partie de la famille des Monasix dont elle se démarque par son équipement. Son moteur de 1500cm3, est en fait le premier 6 cylindres qui équipe un véhicule de la gamme moyenne Renault. A l'époque, elle se situe donc dans la catégorie des voitures intermédiaires, c'est à dire, une 8CV fiscaux.

Rappelle nous l'historique du véhicule et pourquoi tu y es particulièrement attaché?
Le véhicule appartenait à mon grand-père maternel qui habitait à Auxerre. Il l'avait reçu neuf en cadeau, pour son voyage de noce. Il a roulé avec, pendant environ 30ans, effectuant à son bord environ 225000Km, ce qui est énorme pour un véhicule de l'époque. Il était passionné d'automobile et j'ai de nombreuses photos montrant mes grand-parents à Monaco, dans les Alpes, en Italie avec la Monastella...Dans les années 50, la voiture servira d'initiation à la conduite pour toute la famille, puis s'en suivi un long repos, à l'abri.
En quelle année décides-tu de débuter la restauration?
A la fin de l'année 1982, je récupère la voiture.
Dans quel état de conservation était le véhicule?
Il était d'un aspect relativement propre puisque conservé dans un endroit sec à l'intérieur et surtout, il était complet.
A ce moment là, comment envisages-tu la restauration?
Etant donné que je n'avais aucune expérience de restauration, je ne me suis pas fixé de planning. C'était pour moi l'aventure complète! Peut-être même, n'allais-je pas arriver au bout...

Par quoi débutes-tu?
J'ai procédé dans un premier temps à un démontage méthodique complet, en rédigeant une multitude de schémas et des prises de notes assez détaillées qui m'ont aidé par la suite. En fait, je n'avais pour document technique, que le manuel du conducteur! J'ai aussi passé beaucoup de temps à reconditionner les pièces dès leur démontage, en les décapant, en les polissant, en les repeignant, pour garder en mémoire comment elles étaient assemblées entre elles et pour que le remontage soit rapide et agréable.
Au démontage, quelles surprises?
Très peu, si ce n'est que les ossatures bois n'apportaient plus grande résistance mécanique à l'ensemble, à certains endoits, on peut même dire que c'était les éléments de carrosserie qui tenaient l'ensemble.
Détaille un peu les diverses opérations:
Donc après le démontage complet, la carrosserie a été confiée à un tôlier formeur qui a "détolé" tous les éléments (séparation de la tôle et de l'ossature bois), puis un menuisier à reconstruit une ossature bois complète.Par la suite on a procédé à un montage à blanc de l'ensemble, puis un redémontage pour le passage en peinture. 

Parallèlement à cela, les trains roulants ont été entièrement révisés et le moteur refait à neuf. Le bloc moteur arrivait à sa dernière cote d'alésage, il a donc fallu chemiser. Les pistons, les segments, les coussinets, les paliers de vilebrequin, les divers pignons, l'arbre à cames ont été remplacés par des pièces neuves.Puis ce fut le moment du remontage de l'ensemble avant d'entamer le dernier poste important, la sellerie. 
Quelles difficultés as-tu rencontré?
Je n'ai pas vraiment rencontré de difficulté car le véhicule était complet au départ et qu'il existe toujours une solution de refabrication. J'ai pris également beaucoup de temps pour me confectionner au fil des bourses échanges, une liste de professionnels qui me fut bien utile! Le seul point noir si l'on peut dire, vient de l'administration qui m'a délivré, lors du changement de carte grise (département 89=>69) une carte grise collection dont je ne connaissais pas les inconvénients.

Y a-t-il eu des entorses à la version d'origine?
En fait très peu. La forme de la capote avait été légèrement modifiée par mon grand-père, à l'époque, pour donner à la voiture plus d'allure. J'ai donc suivi son exemple lors de sa réfection.
Autrement oui, il y a bien quelque chose, c'est le volant!
Il était recouvert de celluloïde craquelée. J'ai essayé de le restaurer en utilisant de la celluloïde rose achetée dans un magasin de poupée que j'ai teintée. Malheureusement, le résultat n'était pas satisfaisait. C'est donc la mort dans l'âme que je l'ai complètement décapé pour faire apparaître le bois.

A part cette entorse, les détails de restauration ont été poussés très loin puisque même la boulonnerie a une géométrie conforme à celle d'origine...
Peut-être as-tu rencontré des moments de découragement?
Non, je n'ai jamais eu vraiment de moment de découragement du fait de mon planning très élastique.
J'ai bien eu une surprise au moment de régler la note du carrossier qui avait triplée par rapport à son devis de départ ce qui a pas mal grèvé mon budget mais bon...il en fallait plus pour me faire renoncer!

Quels conseils donnerais-tu à une personne qui voudrait se lancer dans une aventure comme la tienne?
Je lui dirais qu'il faut être motivé, persévérant, tenace, qu'il ne faut pas se fixer de dates d'échéances trop rapprochées, qu'il faut prendre énormément de notes et être méthodique.
Il est également préférable de partir d'une base complète et saine au niveau de la carrosserie car c'est un item très couteux.
De quelle rencontre pourrais-tu nous parler, occasionnée par la restauration?
De celle de Bernard dit "Le S'nard" passionné par son métier de sellier qui a passé 370 heures à réaliser l'ensemble des garnitures et qui a fait son travail de façon irréprochable avec énormément de passion. 

J'ai eu beaucoup de plaisir à le voir travailler sur l'auto.
De quoi es-tu le plus fier?
D'être arrivé au bout !
Les membres de ta famille ont-ils participé?
Oui, il m'ont aidé moralement.
Une anecdote à raconter?
Il me manquait le numéro d'identification de carrosserie et c'est à Noêl dernier que ma grand-mère m'a remis un carnet d'entretien précieux, tenu par mon grand-père et qui faisait apparaître le numéro manquant.
A l'heure actuelle, qu'est ce qui te manque pour pouvoir rouler? 
Juste le montage de quelques accessoires comme les phares par exemple. 

Quel sera la première sortie?
Ce sera une sortie dans la région pour roder l'ensemble, mais je ne sais pas encore où.
J'imagine qu'une fois la restauration complètement terminée, la vie va devenir un peu fade, même si tu vas te faire plaisir en roulant au volant de ton auto, as-tu un autre projet?
Pour le moment non, mais...j'aimerais bien!
Pourrais-tu résumer en une phrase ton aventure?
C'est une expérience très "sympa" pour ce qui est de la restauration et pour les rencontres qu'elle a occasionnées.


Conception et réalisation: C.A.R. Lyonnais - janvier 2017